Le dernier épisode du feuilleton malien: capitaine Sanogo a rendu le pouvoir sous les menaces d’Ado, ATT a démissioné et Diouncounda Traoré est le nouveau président par intérim d’un gouvernement de transition. Néanmoins, le pire est arrivé : le Mali est coupé en deux avec un nouvel “état”, l’Azawad, une crise humanitaire est annoncée et pour de surcroît de malheur, une "horde" de mercenaires, trafiquants de drogue, d’armes et autres terroristes aux portes des états de l’UEMOA.

Voici la nouvelle carte (non offcielle) du Mali. Sortez vos mouchoirs.

Source : Courrier International

Pour les africains assoifés de démocratie et de justice sociale que nous sommes, le Mali était la référence et ATT était le président que nous souhaitions avoir. De choc, nous avons maudit et moqué l’amateurisme des mutins, comme des pompoms girls, applaudi toutes les actions de la CEDAO et tenté vainement d’analyser l’imprévisible. Etait-ce si imprévisible ou ne serait-ce pas plutôt le moment choisi par capitaine Sanogo, à quelques semaines des élections, qui nous a révolté? Pour Jay Ulfeder, analyste politique et ancien Directeur de Recherche Associé du Political Instability Task Force, ce scénario était prévisble. Dès Janvier, il  classait le Mali au 10ème au rang mondial des états les plus susceptibles de vivre un coup d’état loin devant neuf autres pays africains qui, contrairement au Mali, avaient déjà souffert de coups ou de tentatives de coup.

Tentons d’ôter toute émotion et disséquons les faits. Froidement. Il est temps de démasquer les limites de la démocratie malienne notamment les faibles taux de participation et les fraudes avérées. Selon IDEA, l’Institut de Démocratie et d’Assistance Electorale, depuis 1992 , élections législatives et présidentielles confondues, le Mali est le pays où la participation est la plus faible du monde  avec des taux ne dépassant pas les 30% et où le nombre d’électeurs inscrits est moins de 25% de la population totale (source: idea).

En 1992, malgré une forte mobilisation aux présidentielles, le taux de participation aux élections législatives  était de 21.09%.  L’Adema/Pasj (Alliance pour la Démocratie au Mali/ Parti Africain pour la Solidarité et la Justice) remporta la majorité  absolue (76 sièges sur 116) et son candidat, Alpha Oumar Konaré, fut élu président. En 1997, le taux de participation fut de 25% après un  boycott massif de l’opposition qui déclara que le système électoral était indûment favorable à l’ADEMA-PASJ. La Coppo (Coalition des Partis Politiques d’Opposition) accusa l’adema, miné par des divisions internes, d’irrégularités, de manipulations des bulletins de vote et des procès verbaux ainsi que d’arrestations arbitraires et voire de tortures (source, OIF). Le fichier électoral serait frauduleux. M. Konaré, dans un état multipartiste, fut réélu avec le score fleuve de 96% des voix. Seul, Moussa Traoré fit mieux en 1979 et 1985 avec 100% des voix grâce au système du parti unique. En 2002, le taux de participation pour les élections, remonta à 35% et ATT gagna les élections avec 64% des voix avec le soutien de Konaré contre son propre candidat Soumaila Cissé. Le  fichier électoral fit encore parler de lui. Le conseil constitutionnel invalida près de 30% des bulletins de votes. En 2007, avec un taux de  participation en moyenne de de 30% ATT fut déclaré vainqueur avec 71% contre Ibrahima Boubacar Keita.  Les opposants parlèrent de farce électorales, la faute encore au …. fichier. Certains demandèrent même la dissolution du conseil constitutionnel qui dut invalider 18 à 20% des votes. (Sources des statistiques, idea , african elections database et Camara)

Sur le plan politique, durant 20 ans, malgré les "bons points" de la communauté internationale, le Mali a été incapable de garantir des élections transparentes à une population découragée par les alliances politiques opportunistes ainsi que le favoritisme et qui, en retour, sanctionne ses dirigeants en refusant de voter.

La plupart des indicateurs économiques serait encore faible ou en baisse. En effet, la liberté d’investissment économique reste fragile en raison de la corruption et l’inefficacité du système judiciaire, vulnérable à  une constante ingérence politique (source, heritage). Transparence Internationale montre que le Mali, 20ème pays le plus pauvre du monde a  perdu, sous le règne d’ATT, 40 places dans le classement des pays perçus comme corrompus, passant de 78ème en 2003 à 118ème en 2011.  La dette du gouvernment malien est estimée à 30% de son PIB soit la modique somme de 5 478 000 000 dollars ou  2 739 000 000 000 000 F CFA (source, CIA). Comment envisager que les maliens seront capables de rembourser une dette aussi importante lorsqu’on sait que près de 51% de la population soit près de 8 000 000 de personnes vivent avec moins de 20 000 F CFA par mois  et que  68% de cette même population (9 882 788) a moins de 25 ans? Comment une économie peut-elle être viable lorsque ses habitants, la plus importante ressource  économique d’un pays, sont parmi les plus analphabètes du monde avec près de 65% de la population qui ne sait ni lire et ni écrire et d’autant plus qu’elle travaille à 70% dans le secteur agricole? (source, acdi

Le chef des mutins, capitaine Sanogo defendait leur action en pointant que l’armée malienne était sous équipée devant les rebelles. Le budget officiel alloué au secteur militaire en 2010 était de 87 200 000 000 F CFA (source, indexmundi). Ou est donc passé cet argent vu le manque de logistique flagrant de l’armée malienne?

Pour finir selon la banque mondiale, de 2007 à 2009, l’état malien a bénéficié d’aides financières de $ 2 093 330 000 soit 1 046 665 000 000 F CFA (source, chiffres). Index mundi publie le montant des aides depuis 1960 pour plus d’information. Un trillion même en francs CFA n’est pas rien. Combien de trillions de francs CFA faudrait-il pour améliorer les conditions de vie de la population lorsqu’on décompte 1,6 médecins (on dira 2) pour 2000 individus?

Ce petit rappel politique et ces chiffres  montrent qu’ATT ainsi qu’une large partie de la classe politique malienne n’étaient, après tout, que des marchands de sable et qu’ils doivent rendre des comptes sur leur gestion de cet état qui peine encore à sortir du marasme. Sur la question de la bonne gouvernance, tant que le fichier électoral ne sera pas assaini, il consolidera l’emprise de tout parti au pouvoir et surtout, ne sera pas réprésentatif du citoyen malien, qui lui, n’a pas fermement condamné le coup.

Soyons clairs : aucune excuse ne justifie un coup d’état. Cependant enlevons nos œillères et regardons la réalité, les fondations démocratiques de l’état malien ont été simplement surestimé.

Le capitaine Sanogo a eu raison d’ATT en une prise unique ou "takokelen". C’était le slogan de campagne d’ATT en 2007. Et ce sera l’ironie de l’histoire.

Pour l’Azawad et autres tribulations maliennes: suite au prochain épisode.

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